Défi #2 : Bloqué par mon taux d’endettement : les leviers que j’ai actionnés pour avancer

Défi #2 : Bloqué par mon taux d’endettement : les leviers que j’ai actionnés pour avancer

Le terrain est signé. La société est créée. Le projet est clair dans votre tête, peut-être même déjà couché sur un prévisionnel soigné. Vous poussez la porte de votre banque, convaincu que la suite logique, c’est de financer la construction. Et c’est là que ça coince. Le projet est solide, votre sérieux ne fait aucun doute. Mais un chiffre change la donne, un chiffre que vous avez probablement déjà entendu citer sans en avoir mesuré toute la mécanique : le taux d’endettement, ce frein méconnu de tout pret immobilier.

C’est exactement ce qui m’est arrivé. Et avant de vous raconter comment j’en suis sorti, parlons de ce chiffre.

Le taux d’endettement pret immobilier : une règle qui protège, et qui bloque aussi

Le taux d’endettement, c’est la part de vos revenus mensuels déjà engagée dans des remboursements de crédit. En France comme en Polynésie, la loi fixe un plafond que les banques ne peuvent pas dépasser pour un particulier. Et cela, quelle que soit la qualité du dossier présenté. Ce n’est pas une prudence maison, propre à telle ou telle banque. C’est une règle de protection du consommateur, encadrée notamment par le Haut Conseil de Stabilité Financière, pensée pour éviter qu’un foyer ne s’enfonce dans des mensualités qu’il ne pourra plus supporter.

Cette règle est juste, et il faut le dire clairement : elle existe pour de bonnes raisons. Elle a néanmoins un effet de bord que peu de porteurs de projets anticipent avant de s’y heurter. En effet, une fois un certain seuil atteint, la banque n’a légalement plus le droit de prêter davantage à la personne physique. Même si le projet derrière la demande est solide. Même si le prévisionnel tient la route. Le calcul ne regarde pas le projet. Il regarde vos revenus.

Dossier bancaire
Dossier bancaire

Pourquoi ce mur m’attendait, précisément

Dans mon cas, le calcul était sans appel. J’avais quitté mon poste en CDI pour me consacrer à la société que je venais de créer. Gérant sans rémunération à ce stade : la société absorbait tout pour démarrer le chantier. Sur le papier d’une banque, ça se traduit ainsi : plus de salaire stable à présenter. Donc plus de marge dans le calcul du taux d’endettement.

Et pour être tout à fait honnête avec vous : même si j’avais gardé mon CDI, le verdict aurait été identique. Car mon taux d’endettement personnel était déjà plein avec le seul crédit du terrain. La porte du crédit en nom propre était donc fermée, point final. Ce n’était pas une découverte de dernière minute, d’ailleurs. Je savais, en signant le compromis du terrain (vous pouvez relire cette étape ici), que ce mur m’attendrait au moment de financer la suite. C’est pourquoi j’avais choisi de sécuriser le foncier d’abord. J’avais déjà deux pistes en tête pour la suite, plutôt que d’attendre d’avoir toutes les réponses avant d’avancer.

Il faut que je vous précise une chose, parce qu’elle éclaire tout ce qui va suivre dans cette série : ce terrain et cette société ne sont pas deux projets séparés que je mène en parallèle. C’est ma société qui doit construire sur ce terrain. L’un ne peut donc pas aboutir sans l’autre. Et le jour où j’ai signé ce compromis, une chose s’est imposée à moi avec une clarté totale : l’échec n’était pas une option. Il fallait trouver les solutions, quelles qu’elles soient, pour que ce projet aille jusqu’au bout. Concrètement, la société construit — chaque bâtiment est un prototype qui fait avancer l’activité. Le terrain, lui, accueille ces constructions et les transforme en logements. Ce sont eux qui amortissent le crédit, génèrent un capital, puis un surplus. C’est cet aboutissement complet, et lui seul, qui ouvre un début de liberté financière.

La première piste : faire reconnaître ce que le terrain allait rapporter

Pour débloquer ce taux d’endettement pret immobilier, la première piste, la plus intuitive, consistait à demander un complément de financement en nom propre, en m’appuyant sur les loyers futurs du terrain. L’idée tient en une phrase : si la banque accepte de prendre en compte des revenus locatifs prévisionnels, votre capacité d’emprunt déclarée augmente d’autant. Et la porte qui semblait fermée peut alors se rouvrir.

C’est une piste qui existe réellement, que d’autres porteurs de projets immobiliers utilisent avec succès pour faire avancer leur taux d’endettement pret immobilier. Je voulais la tenter avant d’aller chercher plus loin.

Le mur administratif que je n’avais pas vu venir

J’ai pris rendez-vous avec le service particulier de ma banque, celui-là même qui avait validé le crédit terrain quelques mois plus tôt. Et la réponse a été immédiate, sans même entrer dans le détail du prévisionnel locatif. Plus de CDI, donc plus de dossier possible côté particulier. Direction le service professionnel.

Sur le moment, ça m’a presque amusé, dans le mauvais sens du terme. Je venais avec une piste construite, des chiffres, un projet cohérent. Et la réponse tenait à une case administrative : salarié ou pas. Aucune discussion sur les loyers prévisionnels, aucune ouverture. Juste un aiguillage vers un autre service, mon dossier ne pouvant être traité par eux.

La décision qui a tout changé : regrouper, pas disperser

C’est mon expert-comptable qui a posé le bon diagnostic. Pour lui, ça n’avait pas de sens de traiter séparément le financement de la construction et le financement professionnel à venir. Celui du matériel, des prototypes, de tout ce que la société allait devoir financer pour démarrer le chantier. Les constructions elles-mêmes seraient en effet les prototypes de la société. Le perso et le pro n’étaient donc pas deux dossiers distincts, mais deux faces d’un seul et même projet.

Sa recommandation : attendre que le plan de financement professionnel soit complet et solide. Puis présenter l’ensemble à la banque en une seule fois, en cohérence, plutôt qu’en plusieurs vagues désordonnées. Une demande mal préparée, déposée trop tôt, risquait en effet de fermer des portes qu’on pourrait encore ouvrir avec un dossier mieux construit. Ce n’était pas une question de confort administratif. C’était une question de ne rien sacrifier sur le chemin vers l’objectif : ce terrain devait devenir un bâti, ce bâti devait devenir des loyers, et ces loyers devaient devenir ma liberté financière. Chaque décision, à partir de ce moment, s’est mesurée à cette seule aune.

Ce que cette situation peut vous apprendre

Si vous êtes freelance, gérant d’une société récente, ou en transition entre deux statuts professionnels, retenez ceci avant même de pousser la porte de votre banque : le service qui vous reçoit n’est pas toujours le bon. Le découpage entre vie personnelle et vie professionnelle, qui semble une évidence administrative pour vous, peut en effet desservir votre dossier si vos deux casquettes sont en réalité liées. Mieux vaut donc, souvent, prendre le temps de construire un dossier global et cohérent. Plutôt que de multiplier les demandes isolées au fil de l’avancée du projet.

C’est une leçon de patience, mais aussi de stratégie. Parfois, la meilleure façon d’avancer, c’est de ne pas se précipiter vers la première porte entrouverte.

Plus largement, les périodes de transition sont rarement les plus simples à présenter à une banque. Nouveau statut, nouveau contrat, nouvelle source de revenus encore à prouver. Les banques aiment en effet les revenus stables, ou à défaut des portefeuilles bien garnis. C’est aussi pour cette raison que l’accompagnement ne doit jamais être minimisé. Un expert-comptable connaît les dossiers professionnels, leurs codes, leurs attentes. Son expérience enrichit ainsi la stratégie bien au-delà de ce qu’un entrepreneur peut voir seul. Et un regard extérieur, avec du recul, aide presque toujours quelqu’un qui a le nez dans le guidon. Même quand il prend soin de le lever régulièrement.

La suite

Le plan de financement professionnel était déjà en cours de préparation, et devait encore s’enrichir de cette partie construction. Un autre acteur entrait cependant en jeu dans cette histoire : la Sofidep, une banque territoriale qui avait déjà financé une partie de mon projet, et que je pensais pouvoir mobiliser pour la suite. Sauf qu’une clause, jamais mentionnée au moment de signer, allait fermer cette porte au moment précis où j’en avais besoin. Une nouvelle étape sur le chemin de cette liberté financière que je visais, et c’est le sujet du prochain épisode.

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