Avant de poser la première brique de terre comprimée à Paea, il y a eu Raiatea. Une cliente m’avait contacté après avoir repéré mes réalisations en dôme géodésique. Elle cherchait à acheter un terrain sur l’île et voulait y construire sa maison — l’occasion pour moi de construire un dôme géodésique grandeur réelle pour la première fois sous ma propre société.
Le projet prenait la forme d’un ensemble modulaire : un fare (maison en tahitien) en pentagone coiffé d’une charpente géodésique, un second fare également géodésique, un module salle de bain autonome, et un abri de garage. Un vrai petit village architectural, pensé pour être construit pièce par pièce.

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Le devis, le matériel, le départ
Pour ce premier projet sous ma société toute jeune, j’ai volontairement serré le devis. L’objectif était clair : décrocher ce contrat pour lancer véritablement l’activité, quitte à réduire ma marge. Le calcul a payé — le prix est resté suffisamment intéressant pour signer, tout en dégageant quelques fonds à la sortie.
J’ai acheté le matériel à Tahiti, puis j’ai fait une demande simple mais efficace : livrer directement sur Raiatea le matériel neuf, financé par les acomptes. Dès que le terrain a été prêt à recevoir les matériaux, je suis parti sur place.
Sortir de Tahiti complique en effet forcément la logistique. Le matériel voyage par bateau, avec ses propres délais et ses propres aléas. Il faut ensuite trouver un camion sur place pour l’acheminer jusqu’au terrain, si celui-ci est accessible et qu’il ne pleut pas trop. Raiatea est ainsi connu pour ses pluies tropicales, et les chemins sont souvent en terre. Rien n’est disponible au coin de la rue — chaque étape demande donc d’anticiper une ou deux semaines à l’avance.
Pour stocker le tout, j’ai monté un dôme géodésique que j’avais moi-même fabriqué et vendu là-bas. Ce client étant un copain de la cliente, il a bien voulu nous le prêter pour l’occasion afin d’y entreposer le matériel. Les premières nuits, j’y ai même dormi, le temps de trouver un logement. J’ai fini par louer un voilier amarré à la marina, où j’ai vécu pendant toute la durée du chantier. Une anecdote qui en dit long sur la flexibilité qu’exige ce métier quand on construit loin de chez soi.
Construire un dôme géodésique jusqu’à la conformité
Sur ce projet, j’ai accompagné la cliente de bout en bout : dessin des plans, montage et dépôt du permis de construire en tant que mandataire, puis réalisation du chantier jusqu’à la conformité. Cette étape est celle où la DCA (la Direction de la Construction et de l’Aménagement) vient vérifier que la construction respecte bien les plans validés. C’est cette conformité qui ouvre officiellement le droit d’habiter les lieux.
Le chantier s’est déroulé sans accroc majeur. Le seul vrai ajustement a concerné une coupole en verre que je voulais installer pour améliorer l’évacuation thermique du dôme — une idée intéressante sur le papier, mais interdite par la réglementation. Nous avons dû revoir cette partie, ainsi que quelques détails secondaires sur certaines fenêtres, mal interprétés en amont. Une vitre est aussi arrivée cassée à la livraison — un simple incident logistique, sans conséquence sur le calendrier.
Ce que ce premier dôme géodésique a changé dans ma façon de construire
Ce que Raiatea m’a vraiment apporté, c’est une preuve concrète : celle qu’un système modulaire géodésique, pensé et vendu par une jeune société, pouvait aller du dessin à la conformité sans blocage sérieux. C’est cette confiance opérationnelle qui a compté pour la suite.
Le retour, et la suite
Une fois la conformité obtenue, je suis rentré préparer le terrain de Paea — celui-là même sur lequel j’allais bientôt construire et vivre. Ce projet-là fera l’objet de ses propres épisodes.
Sur le plan financier, Raiatea m’a permis de dégager une marge d’environ 10 %. Modeste, mais stratégique : ce chantier a été le premier maillon concret de la chaîne qui mène vers la liberté financière que je documente dans cette série.
Ce chantier mené à terme a aussi joué un rôle qui allait bien au-delà de ce simple projet. Face à un financeur ou un futur client, une société toute jeune n’a en effet que ses intentions à présenter. Avec Raiatea, j’avais enfin une référence concrète : un projet dessiné, financé, construit et validé jusqu’à la conformité. Cette crédibilité-là s’est révélée précieuse pour tout ce qui a suivi, notamment face aux interlocuteurs du projet de Paea.
Ce premier vrai chantier reste, avec le recul, une aventure que j’ai adorée vivre du premier coup de crayon jusqu’à la clé remise en main. Construire un dôme géodésique pour un client, et le mener jusqu’au bout, m’a donné la certitude que ce que j’avais imaginé sur le papier pouvait exister dans le monde réel.