Réussir autrement : mais c’est quoi, réussir ?

Quelque part entre la maternelle et votre premier CDI, on a glissé dans votre tête une définition de réussir sa vie. Vous ne vous en souvenez probablement pas. Elle s’installe progressivement, par accumulation, à travers les conversations de famille, les magazines dans la salle d’attente, les émissions de télé où des gens souriants vivent dans de belles maisons. Le diplôme deluxe, le métier qui en jette, et la paye qui va avec. La maison avec jardin et piscine. La belle voiture dans l’allée. Le mariage, les enfants, et deux semaines aux Canaries pour recharger les batteries avant de recommencer.

C’est le programme standard. Livraison gratuite, montage inclus, bonheur garanti — en théorie.

Le problème, c’est qu’on ne vous a jamais vraiment demandé si vous vouliez ce programme.

La machine à fabriquer des rêves

Il faut dire que la réussite se vend très bien. Les magazines people, les émissions de téléréalité, les publicités pour des voitures hors de portée — tout ce beau monde s’active pour que l’image soit claire, nette, désirable. La belle cuisine ouverte sur le salon, le couple souriant au volant d’un SUV, le cadre dynamique qui consulte son téléphone dans un aéroport avec l’air de quelqu’un d’important.

Réussir sa vie - Ce n'est pas ce qu'on nous montre

On pourrait passer du temps à se demander qui a intérêt à ce qu’on coure tous dans la même direction — mais c’est un autre sujet. Ce qui compte ici, c’est de réaliser que ces images ont fini par ressembler à des objectifs. Ainsi, beaucoup d’entre nous ont passé une bonne partie de leur vie à les poursuivre, sans jamais s’arrêter pour se demander si c’était vraiment ce qu’ils voulaient.

Et pour vous, que signifie réussir sa vie ?

Pas dans l’abstrait ou en philosophie de comptoir au PMU — mais vraiment, concrètement, assis face à vous-même.

Est-ce que la liberté compte pour vous ? Se lever le matin sans devoir rendre de comptes, choisir où vous vivez, comment vous travaillez, avec qui vous passez vos journées. Y a-t-il des activités qui vous font perdre la notion du temps, qui vous font vous sentir vivants plutôt que simplement occupés ? Est-ce que votre travail actuel vous rend heureux, ou est-ce qu’il vous rend solvable ?

Et cette question, peut-être la plus inconfortable de toutes : êtes-vous prêt à travailler autant encore vingt ou trente ans pour espérer en profiter à la retraite — si tant est que vous soyez encore en état d’en profiter ?

Ce que la science dit sur la définition de la réussite

La science a tranché depuis longtemps. L’INSEE l’a mesuré : au-delà de 30 000 euros de revenus annuels en France, gagner plus n’améliore plus significativement la satisfaction dans la vie. Par ailleurs, l’étude de Harvard la plus longue jamais conduite sur le sujet — 86 ans de suivi, des centaines de participants — est arrivée à la même conclusion : ce qui prédit le mieux une vie heureuse, ce ne sont pas le salaire ni le statut, mais la qualité des relations humaines. Autrement dit, on court après le mauvais indicateur depuis le début.

La difficulté, c’est que ces questions sont rarement les bienvenues. Déconstruire ce qu’on nous a enseigné comme modèle de réussite ne fait pas partie du programme scolaire — on y apprend plutôt à rentrer dans un moule, à aligner ses valeurs sur celles du système, à décrocher de bonnes notes pour accéder à de bonnes filières, puis un bon poste, puis rembourser un bon crédit. Les valeurs personnelles, elles, n’ont pas de coefficient. Le système est cohérent avec lui-même. C’est pourquoi la plupart des gens ne se posent vraiment ces questions qu’au moment d’une rupture — un licenciement, une séparation, une maladie, un matin où le réveil sonne et où quelque chose, sans raison apparente, ne passe plus. Ces moments sont inconfortables. Ils sont aussi, souvent, les plus utiles de toute une vie.

Réussir sa vie : une affaire profondément personnelle

C’est là que ça devient intéressant. Réussir sa vie — vraiment la réussir, pas cocher les cases qu’on vous a données — est en réalité un exercice profondément personnel. C’est précisément ce qu’on oublie quand on délègue cette définition aux magazines et aux émissions de télé. Ce qui rend quelqu’un heureux, épanoui, fier de sa vie, ça ne ressemble pas forcément à ce qu’on lui a appris à vouloir. Certains s’épanouissent dans la stabilité d’une vie bien rangée. D’autres étouffent si on leur retire leur liberté de mouvement. Il y en a qui ont besoin de créer, de construire, de voir leurs mains transformer quelque chose. D’autres encore ont besoin de connexion, de transmission, de faire partie d’une communauté.

Pour certains, réussir c’est avoir du temps — vraiment du temps, pas ces quelques heures volées le week-end entre deux corvées. Pour d’autres, c’est construire quelque chose qui leur survivra : une entreprise, une maison, une œuvre. Voyager, s’installer ailleurs, vivre dans un endroit qui leur ressemble plutôt que dans celui où les circonstances les ont déposés — voilà ce que recherchent d’autres encore. Ces définitions n’ont rien d’universel. Ce que certains appellent accomplissement — bâtir quelque chose, transmettre, créer de la valeur — d’autres le trouveront dans le temps libre ou la légèreté d’une vie mobile. Aucune n’est meilleure que le programme standard : elles sont simplement différentes. Et surtout, elles sont choisies — ce qui est déjà, en soi, une façon de donner un sens à sa vie.

Ce travail prend du temps. Il demande une vraie honnêteté envers soi-même, et parfois un peu de courage — parce que si la réponse diffère de ce qu’on a construit jusqu’ici, ça implique peut-être de changer de direction.

À vous de jouer

Si vous sentez que quelque chose ne tourne plus rond, la prochaine étape est peut-être de reprendre le contrôle de sa vie sans tout bouleverser. Mais avant ça — la vraie question n’est finalement pas de savoir si vous avez réussi selon les critères de la société. Elle est plus simple et plus exigeante à la fois : si vous prenez du recul sur votre vie aujourd’hui, qu’est-ce que vous pourriez accomplir qui vous ferait réellement vous sentir épanoui ?

Avant de passer à la suite, prenez deux minutes et une seule question : si vous deviez écrire votre propre définition de réussir sa vie en trois lignes, sans vous soucier du regard des autres, ça donnerait quoi ? Posez-la en commentaire si vous voulez — je lis tout.

Construire sa réussite — ensemble

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Auteur

Commentaire ( 1 )

  • Laët

    Réussir en 3 lignes:
    – Affronter ses peurs
    – Surmonter les épreuves difficiles
    – Atteindre des objectifs cohérents avec ses propres envies.
    –

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