L’or occupe une place à part dans l’histoire de l’épargne. Contrairement à une monnaie ou une action, il ne dépend d’aucun gouvernement ni d’aucune entreprise pour conserver sa valeur. C’est d’ailleurs l’un des placements non spéculatifs évoqués dans notre panorama pour faire fructifier son argent. Comprendre le cours de l’or, son évolution dans le temps et les mécanismes qui l’influencent permet de juger sereinement si ce placement a sa place dans un patrimoine.
Pourquoi l’or reste une valeur refuge
Le mécanisme est ancien mais reste d’actualité. En période de tensions géopolitiques, de doutes sur la solidité du système bancaire, ou d’inflation persistante, la demande d’or augmente généralement, ce qui pousse son cours à la hausse. Un sondage Ifop pour AuCoffre.com le confirme : un Français sur deux se dit prêt à placer une partie de son épargne dans l’or.
Historiquement, la corrélation entre l’or et les grands indices boursiers reste faible. Charles Gave, fondateur de la société de recherche financière Gavekal, va plus loin : il recommande qu’un portefeuille contienne au moins 20% d’or pour que cette position remplisse réellement son rôle de protection, l’or agissant selon lui comme un actif « anti-fragile » qui protège le reste du portefeuille en cas de forte baisse des marchés.
L’or à travers un siècle de crises
L’histoire donne raison à cette réputation de valeur refuge. Pendant la Grande Dépression de 1929, alors que le système bancaire américain s’effondrait, l’or est passé de 20,67 à 35 dollars l’once en cinq ans — les épargnants se sont mis à le thésauriser massivement pour se protéger.
En 1971, la fin de la convertibilité du dollar en or, décidée par Richard Nixon, a déclenché le premier grand cycle haussier du métal : de 35 dollars l’once, son cours a grimpé à 198 dollars dès 1974, porté par le choc pétrolier. Le second choc pétrolier et la révolution iranienne l’ont propulsé à 500 dollars fin 1979, puis à 850 dollars en janvier 1980 après l’invasion soviétique de l’Afghanistan — une envolée de plus de 2 300% en moins de dix ans !
La crise financière de 2008 a suivi le même schéma : l’once d’or a franchi les 900 dollars en pleine tourmente des subprimes, avant d’atteindre un record de 1 837 dollars en 2011, en pleine crise de la dette européenne. Plus récemment, la pandémie de Covid-19 a vu l’or dépasser pour la première fois les 2 000 dollars l’once en 2020, et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a de nouveau propulsé son cours au-delà de ce seuil.
Sur un siècle complet, entre 1925 et 2025, l’or affiche une progression de plus de 27 000%. Un constat s’impose à la lecture de cette histoire : à chaque grande rupture économique, monétaire ou géopolitique, l’or a rempli son rôle de protection.

Comment se forme le cours de l’or
Le cours de l’or n’est pas fixé arbitrairement. La référence mondiale est établie par la London Bullion Market Association (LBMA) via le « fixing », deux fois par jour, à partir des transactions des grandes banques, raffineurs et investisseurs institutionnels. Ce cours dit « spot » sert de base à toutes les cotations que vous verrez chez un revendeur.
Sur cette base vient s’ajouter la prime — la différence entre la valeur intrinsèque du métal et le prix réellement payé. Elle varie fortement selon le format : elle peut atteindre 5 à 8% pour un petit lingot d’1 gramme, contre moins de 2% pour un lingot d’1 kg, les coûts de fabrication et de certification pesant proportionnellement plus sur les petites unités.
Plusieurs facteurs font varier le cours spot au quotidien : l’offre et la demande mondiale (l’Inde et la Chine représentent à elles seules plus de la moitié de la consommation mondiale), les taux d’intérêt, le niveau d’inflation, et le climat géopolitique. Le prix de l’or en France a progressé d’environ 400% entre 2000 et 2021, une performance qui explique l’intérêt croissant des épargnants pour ce placement.
Pierre Leconte, gérant de fortune et fondateur du Forum Monétaire de Genève, détaille ces mécanismes dans son Guide de l’investissement en or et autres métaux précieux, où il consacre une attention particulière aux phénomènes de manipulation des cours par les grandes banques centrales.
Or physique ou or papier : une distinction essentielle
Il existe deux façons bien différentes d’investir sur l’or, et la confusion entre les deux mène à des déceptions.
L’or physique, c’est le métal que vous détenez réellement — lingot, lingotin ou pièce. Son achat n’est pas soumis à la TVA, et il n’est pas imposé tant que vous le conservez, contrairement aux actions ou obligations dont les revenus sont taxés chaque année.
L’or papier, à l’inverse, désigne des produits financiers qui suivent le cours de l’or sans que vous ne déteniez le métal — ETF or, certificats, contrats à terme. Plus liquides et plus simples à négocier, ils n’offrent en revanche pas la même protection en cas de crise systémique profonde, puisque vous restez dépendant d’un intermédiaire financier. C’est précisément la thèse défendue par l’économiste Antal Fekete, théoricien de l’étalon-or pendant plus de 40 ans : dans son ouvrage Le Retour au Standard Or (2011), il alerte sur la fragilité structurelle d’un système reposant sur la monnaie papier, et voit dans l’or physique la seule véritable protection face à une perte de confiance généralisée envers les monnaies fiduciaires.
L’argent, le complément naturel de l’or
Le métal argent suit une logique proche de celle de l’or, avec une différence notable : son prix est nettement plus accessible, ce qui permet d’entrer sur ce marché avec un capital plus modeste. Il possède aussi un usage industriel important (électronique, panneaux solaires), ce qui le rend plus volatil que l’or, mais aussi potentiellement plus dynamique sur certaines périodes.
Comment acheter de l’or et de l’argent physique
Plusieurs canaux existent : comptoirs spécialisés physiques, plateformes en ligne dédiées, ou certaines banques. Pour un premier achat, quelques points de vigilance s’imposent : vérifier que le vendeur fournit un certificat d’authenticité, comparer le spread (l’écart entre prix d’achat et de vente) d’un comptoir à l’autre, et s’assurer de la traçabilité du produit — un lingot certifié LBMA de préférence. Parmi les courtiers sérieux du marché français, Or.fr fait partie des références que je recommande, notamment pour la clarté de ses cotations et son ancienneté sur ce marché.
Pour un capital de départ plus modeste, des solutions comme Veracash permettent d’accéder à l’or et l’argent physique avec un ticket d’entrée réduit. Attention cependant : il s’agit d’une détention mutualisée, et non d’un stockage individualisé à votre nom. Cette nuance mérite d’être bien comprise avant de s’engager — elle change la nature de la garantie que vous détenez réellement.
Personnellement, j’ai fait le choix en 2015 et 2018 de concentrer une grande partie de mon capital sur ce placement, à une période où aucune autre option ne m’inspirait confiance. Une partie de cette épargne a financé six années sans salaire, entre voyages et installation, d’abord au Belize puis en Polynésie. Le reste a vu sa valeur multipliée par plus de quatre depuis. Car j’estime que le système économique est instable depuis la fin de la convertibilité du dollar en or, et ce placement a rempli l’objectif : sécuriser mon capital dans l’attente de l’investir autrement, une fois mon lieu de vie trouvé. Mais attention, je ne conseille pas de suivre mon exemple — la diversification reste un pilier essentiel de la sécurisation d’un portefeuille.
Les limites à connaître avant d’investir
L’or ne verse ni dividende ni intérêt. Sa performance dépend entièrement de la variation de son cours, ce qui en fait un actif de préservation de patrimoine, pas un générateur de revenus. Sa valeur peut aussi stagner pendant de longues périodes, notamment quand les taux d’intérêt réels sont élevés et que les placements rémunérés redeviennent plus attractifs — la période 1980-2000 en est l’illustration, avec un cours qui a oscillé entre 300 et 450 dollars pendant près de vingt ans.
Le stockage mérite également réflexion : conserver de l’or physique chez soi implique un risque de vol, tandis qu’un coffre bancaire ou un service de dépôt professionnel engendre des frais récurrents.
Quelle place pour l’or dans un patrimoine
Les recommandations varient selon les profils. Les gestionnaires de patrimoine traditionnels évoquent souvent une fourchette de 5 à 15% d’un portefeuille diversifié, quand des voix plus marquées comme celle de Charles Gave plaident pour une allocation plus importante, autour de 20%, en particulier dans un contexte macroéconomique incertain. Dans tous les cas, l’or y joue un rôle de stabilisateur plutôt que de moteur de croissance.
Photo : Zlaťáky.cz sur Pexels.
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